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Lundi 10 mars 2008
    A force de voir des gens perdre leur travail et enterrer ainsi leur vie sociale, je tombais en deuil.
Pour lutter contre la morosité, je décidai de prendre un emploi dans les métiers du deuil précisément. Lors d’un élan suivi d’un coup de pompe funèbre, je me retrouvai au crématorium pour un nouveau job comme animateur ou plus exactement chauffeur de salle.
Tout feu tout flamme, je savourais mon métier ; mon deuil avait disparu au profit de celui des autres.
L’ambiance y était très chaleureuse bien que mes collègues y arborèrent un air froid de circonstance. Curieusement ce type de personnel possédait une caractéristique peu commune : ils étaient tous stériles !
Probablement à cause des zobs secs, me suis-je dit.
Néanmoins, tout fut parfait hormis le fait qu’il y était interdit de fumer, sans doute pour éviter toute confusion.
La décoration sobre et soignée rappelait le bois, le sapin plus exactement afin qu’il n’y ait pas de mélèze.
Nous procédions à l’incinération de jour pour éviter de mettre les cadavres en boite de nuit, ça aurait fait mauvais genre !
Par exemple, nous accueillions l’entourage du défunt à des fins cérémonielles dans l’après midi avec un air impassible mais pas austère puis mettions de l’encens pour détendre l’atmosphère ; en revanche, aucune collation n’était servie, le dîner d’encens, ce n’est pas le genre de la maison.
Quelques bougies éparses suggéraient subtilement l’autre monde, des bougies aux couleurs pastel jamais vulgaires bien qu’elles ne fussent paraffinées.
Alors le défunt, enrubanné de son linceul mortuaire pénétrait l’antre enflammée jusqu’à consumer toute trace de vie.
Puis démocratiquement, nous nous retrouvions devant l’urne pour y déposer les cendres d’une voix éteinte à jamais.
Eh oui, l’ascenseur pour le ciel fait des cendres !
Nous répandions les cendres sur la pelouse de derrière en évitant les périodes de grand vent, rarement appréciées par les spectateurs allergiques à ce type de poussière ; les parents du défunt pouvaient alors acheter un produit du potager attenant, curieusement très vivace, comme souvenir de leur légume disparu voire comme objet de consommation. Une façon pour eux de garder en leur chair la mémoire d’une vie passée.
Malgré tout ce bonheur, je perdis mon job à la fin de la période décès.
La mort dans l’âme , je fus à nouveau endeuillé, je décédais à petit feu.
Puis, je me suis dit, le morbide ne nourrit pas son homme alors laissons la poussière retourner à la poussière et du coup, aujourd’hui, je vends des aspirateurs !!!

Cébéji
par cebeji publié dans : chronique humoristique communauté : Desproges est vivant
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