À 60 ans et 150 trimestres, vous pouvez déjà réduire votre temps de travail légalement

La retraite progressive permet de travailler moins tout en touchant une partie de sa pension avant la retraite complète. Depuis la réforme du 14 avril 2023, les articles L. 20210-1 et suivants du Code de la Sécurité sociale définissent précisément les conditions d’accès.
Pour en bénéficier en 2026, deux conditions s’appliquent ensemble : avoir au moins 60 ans et justifier d’au moins 150 trimestres (soit 37,5 ans) de durée d’assurance, tous régimes confondus. Ce « tous régimes confondus » change tout : vos périodes de chômage indemnisé, de congé maternité, d’invalidité ou d’arrêt maladie longue durée comptent dedans. Beaucoup de salariés découvrent que leur carrière est plus longue qu’ils ne l’imaginaient.
L’âge reste fixé à 60 ans. Pendant ce temps, la réforme de 2023 a repoussé l’âge légal général à 64 ans. La retraite progressive, elle, conserve son seuil de 60 ans pour ceux qui ont commencé tôt et accumulé des trimestres rapidement. C’est un avantage net pour les carrières longues.
Le dispositif vise d’abord les salariés du secteur privé. Les agents de la fonction publique disposent depuis janvier 2022 d’un mécanisme équivalent – la cessation progressive d’activité – mais avec des règles différentes. Si vous êtes fonctionnaire, consultez les règles de votre régime plutôt que celles du secteur privé.
Concrètement, c’est une transition : pas de rupture nette avec la vie professionnelle, pas de chute de revenus d’un coup. La loi encadre cette phase intermédiaire.
Entre 40% et 80% d’un temps plein : la fourchette qui conditionne tout votre dossier
La règle est stricte : pour bénéficier de la retraite progressive, vous devez travailler entre 40% et 80% d’un temps plein. Si vous travaillez moins ou plus, le dispositif ne s’applique pas. La caisse de retraite rejettera votre dossier.
Pour un temps plein de 35 heures par semaine, cela signifie entre 14 heures (40%) et 28 heures (80%) par semaine. Une plage assez large pour s’adapter à des situations très différentes.
Le calcul de la pension versée suit une logique simple : elle correspond au pourcentage que vous ne travaillez pas. À 60% de travail, vous percevez 40% de votre pension provisoire. À 40% de travail, vous percevez 60%. Le tableau ci-dessous montre différents scénarios sur la base d’une pension provisoire de 1 500€ bruts.
| Quotité travaillée | Heures/semaine (base 35h) | Fraction de pension versée | Montant pension provisoire (base 1 500€) |
|---|---|---|---|
| 40% | 14 h | 60% | 900€ |
| 50% | 17,5 h | 50% | 750€ |
| 60% | 21 h | 40% | 600€ |
| 80% | 28 h | 20% | 300€ |
Important : ce montant de pension n’est pas définitif. Il sera recalculé au moment de votre départ complet, en prenant en compte les trimestres que vous aurez accumulés pendant cette période. C’est un montant provisoire qui bouge.
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Pour votre salaire réduit, c’est simple : votre employeur vous paie proportionnellement aux heures travaillées. Au total, votre salaire partiel plus la fraction de pension reste inférieur à votre plein salaire, mais vous gagnez en qualité de vie ce que vous perdez en revenu brut.
Votre employeur ne peut plus refuser sans raison valable depuis la réforme de 2023

Avant 2023, demander une retraite progressive était une négociation où l’employeur tenait tout le pouvoir. Aucune obligation légale de justifier un refus n’existait. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 a inversé ce rapport : tout employeur qui refuse le passage à temps partiel doit désormais motiver par écrit. Un refus sans raison sérieuse peut être contesté devant les prudhommes.
Concrètement, vous envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception à votre employeur, qui dispose alors d’un délai pour répondre. Si le refus n’est pas justifié, vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes ou demander une médiation. Votre syndicat, si vous en êtes membre, peut vous appuyer dans la démarche.
Moins de 50 000 personnes utilisent ce dispositif chaque année en France. Ce chiffre révèle surtout un vide informatif.
- Anticipez au moins 6 mois avant la date souhaitée de passage à temps partiel
- Demandez votre relevé de carrière à jour auprès de la CNAV ou via votre espace retraite.gouv.fr
- Rédigez votre demande par lettre recommandée avec accusé de réception, en mentionnant explicitement le cadre légal de la retraite progressive
- Joignez une copie de votre relevé de carrière pour faciliter le traitement du dossier
- Consultez un conseiller retraite ou votre syndicat si l’employeur tarde à répondre ou oppose un refus
Si vous êtes seul face à un employeur peu coopératif, les services de la CARSAT de votre région peuvent vous aider de manière informelle. Un simple appel ne coûte rien.
Continuer à cotiser en retraite progressive améliore concrètement votre pension définitive
C’est l’aspect du dispositif que beaucoup oublient – et le plus utile avant de décider.
Les trimestres travaillés pendant la retraite progressive ne disparaissent pas : ils s’ajoutent au capital de droits accumulés. Chaque trimestre supplémentaire cotisé peut améliorer votre taux de liquidation et augmenter votre durée d’assurance au calcul final.
Prenons un exemple. Un assuré passe en retraite progressive à 60 ans à 60% d’un temps plein pendant 4 ans : il accumule 16 trimestres supplémentaires. Ces trimestres peuvent lui permettre d’atteindre le taux plein plus tôt, ou d’améliorer son salaire annuel moyen de référence si les 4 dernières années – même à temps partiel – entrent dans le calcul des 25 meilleures années.
Une nuance importante : si votre salaire réduit est inférieur à vos 25 meilleures années passées, ces nouvelles années pourraient ne pas être retenues. À vérifier au cas par cas avec un conseiller.
Pour aller plus loin : Prêts étudiants : quels sont vos droits en cas de difficultés financières ?.
Les bénéfices du dispositif, résumés :
- Trimestres supplémentaires acquis pendant la période de réduction d’activité
- Possibilité d’atteindre le taux plein sans attendre 64 ans si vous avez une carrière longue
- Pension provisoire perçue dès 60 ans, recalculée à la liquidation définitive
- Cotisations patronales et salariales maintenues sur le salaire partiel
- Réduction de l’épuisement professionnel, avec un effet positif sur la durée de votre carrière
C’est un calcul que peu de gens font avant de passer 5 ans de plus à temps plein par inertie.
Secteur privé vs fonction publique : les règles ne sont pas les mêmes en 2026
Si vous êtes fonctionnaire, cette section vous concerne directement. Les deux dispositifs existent, mais leurs conditions diffèrent.
| Critère | Secteur privé | Fonction publique |
|---|---|---|
| Âge d’accès | 60 ans minimum | Conditions spécifiques selon le corps et la catégorie |
| Durée d’assurance requise | 150 trimestres minimum | Ancienneté de service spécifique selon le statut |
| Quotité de travail autorisée | Entre 40% et 80% d’un temps plein | 50%, 60% ou 80% selon les textes |
| Base de calcul de la pension provisoire | Salaire annuel moyen des 25 meilleures années | Traitement indiciaire de référence selon la grille |
Les fonctionnaires en catégorie active – pompiers, policiers, aides-soignants – ont parfois des conditions encore différentes du fait de la pénibilité reconnue de leur métier. L’âge et l’ancienneté requis y sont généralement plus bas.
Mais dans les deux cas, le mécanisme de base est identique : réduire son activité pour toucher une fraction de pension avant le départ complet. Le principe est commun, les détails changent. Et en retraite, les détails dictent tout.
Renseignez-vous auprès de votre régime de rattachement : CNAV pour le privé, service des ressources humaines ou CNRACL pour la fonction publique territoriale et hospitalière. Ne supposez pas que les règles du privé s’appliquent si vous êtes agent public.
Moins de 50 000 bénéficiaires par an : pourquoi ce dispositif reste-t-il si peu utilisé ?
Moins de 50 000 personnes par an utilisent la retraite progressive en France. Face aux millions de salariés potentiellement éligibles qui approchent les 60 ans avec une carrière longue, ce chiffre pose question.
Plusieurs raisons l’expliquent. D’abord le manque d’information : des salariés ignorent simplement que le dispositif existe ou qu’ils y sont éligibles. Ensuite la complexité administrative perçue – dossier à constituer, plusieurs interlocuteurs (employeur, caisse, médecine du travail parfois), délais à respecter. Beaucoup renoncent avant de commencer. Avant 2023, un troisième facteur était la réticence patronale : les employeurs pouvaient bloquer sans justification.
Peut-on cumuler retraite progressive et emploi chez plusieurs employeurs ?
Oui. Si vous travaillez pour plusieurs employeurs, la quotité globale de travail doit rester entre 40% et 80% d’un temps plein. C’est la somme de toutes vos activités qui compte, pas chaque contrat séparé.
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La pension provisoire est-elle soumise à l’impôt sur le revenu ?
Oui. La fraction de pension versée est imposable comme une pension ordinaire. Elle s’ajoute à votre salaire partiel dans votre déclaration de revenus annuelle. Intégrez cela dans votre budget.
Que se passe-t-il si l’employeur cesse son activité pendant la retraite progressive ?
En cas de licenciement économique ou de fermeture, le salarié en retraite progressive peut basculer vers un autre statut (demandeur d’emploi, départ en retraite définitive selon ses droits). La caisse de retraite adapte les droits en conséquence, il faut la prévenir.
Les caisses de retraite devraient communiquer davantage auprès des 57-60 ans sur ce dispositif. Elles ne le font pas assez.
Mon avis tranché : la retraite progressive est le meilleur levier anti-burn-out des seniors, mais l’État rate sa communication
Je vais être direct : pour les plus de 60 ans qui ont une carrière longue, la retraite progressive est l’un des meilleurs outils du système de retraite français. Elle préserve la santé, maintient un revenu acceptable et améliore la pension finale. C’est rare qu’un dispositif coche ces trois cases.
Mais moins de 50 000 bénéficiaires par an, c’est un gâchis. Pas un gâchis du dispositif lui-même – un gâchis de communication. Les sites des caisses sont compliqués, les simulateurs incomplets et les conseillers introuvables. La CNAV et les CARSAT ont du travail à faire sur ce point.
La réforme de 2023 a au moins livré une amélioration utile : rendre difficile pour un employeur de bloquer une demande sans justification sérieuse. C’était le point faible du système, maintenant partiellement fermé.
Mais la complexité administrative reste un mur. Aucun simulateur officiel ne permet aujourd’hui de tester rapidement son éligibilité, visualiser la fraction de pension attendue et anticiper l’impact sur la pension finale. C’est pourtant ce qu’il faudrait pour passer de 50 000 à 500 000 bénéficiaires.
Ma recommandation est claire : si vous approchez des 60 ans et pensez justifier 150 trimestres ou plus, demandez maintenant un relevé de carrière à jour à la CNAV. Simulez votre éligibilité. Ne laissez pas 5 ans de plus à temps plein parce que personne ne vous a proposé une sortie progressive.
Et si votre employeur refuse sans justification, sachez que depuis 2023 vous avez des recours. Servez-vous en.
